Mais c’est quoi, ce blog ?

image

J’aurais pu créer un blog d’auteur où j’aurais parlé de ma vie d’auteure et de mes livres – créations en cours, invitations diverses, prix, etc. De ma vie littéraire.

J’ai eu par le passé un blog où j’évoquais mes lectures, les films que je voyais. Ce blog a été interrompu brutalement suite à de graves problèmes de santé qui m’ont conduite à plusieurs mois d’hospitalisation et par la suite une impossibilité de lire et d’écrire (la situation s’est améliorée depuis…)

Suite à cette cassure, j’ai envie d’un blog plus personnel où je parle de ma vie quotidienne, avec une maladie chronique, des handicaps, et aussi de ma vie de maman.

Ce blog est à mon image: multiple.

Chacun pourra trouver ce qui l’intéresse grâce aux catégories : par exemple, si vous ne voulez voir que les articles de ma vie littéraire, sélectionnez la catégorie  « auteure ».

Il est possible de me contacter via le formulaire : n’hésitez pas !

Publicités

L’imagination au pouvoir

– Quand j’enseignais en lycée des parents m’ont parfois confié que leur fils/fille n’avait pas d’imagination, et donc ne pouvait pas choisir le sujet du bac de français sur « l’écriture d’invention »

– Des parents parler ainsi de leur enfant ! Choquant !

– Malheureusement oui, et devant eux… En tant qu’écrivain, l’équivalence littérature-imagination m’a toujours laissée perplexe.

– Ça me paraît évident, pourtant. Comment inventer des histoires sans imagination ?

– Je n’invente pas d’histoires de magiciens ou d’elfes. Ni d’explorations spatiales de territoires inconnus.

– Alors, tu n’as pas assez d’imagination. Tu n’es pas écrivain!

– Et pourtant, tu te trompes. J’ai de l’imagination.

– Mais tu viens de dire que tu n’en as pas !

– L’imagination, ce n’est pas uniquement inventer des mondes imaginaires. J’ai une imagination qui recombine la réalité. La reconfigure. La fantasme.

– Une imagination sans imaginaire ?

– En quelque sorte, si on prend « imaginaire » dans un sens restrictif souvent appliqué à la littérature. Mon écriture est réaliste. Ou plutôt, elle garde cet aspect réaliste trompeur.

– Pourquoi trompeur ?

– Les écrivains réalistes du XIXe ont très bien parlé du mirage créé par le réalisme littéraire. Maupassant, par exemple, dans la préface de son roman Pierre et Jean, soutient que « faire vrai consiste à donner l’illusion complète du vrai, suivant la logique ordinaire des faits, et non à les transcrire servilement dans le pêle­mêle de leur succession.»

– T’as pas été prof pour rien, toi !

– J’ai de beaux restes !!! 😉 Sauf que là c’est pas la prof qui parle, c’est l’autrice.

– Pourquoi tu mets ce mot au féminin?

Illustrateur-illustratrice. Instituteur-institutrice. Auteur-autrice. Si tu veux plus d’arguments, va voir ici.

– Revenons à notre discussion. Tu disais que Maupassant écrivait que contrairement à ce qu’on pense, les écrivains réalistes inventent. Donc tu en es encore là ? Back au XIXème siècle ?

– Un peu de respect pour mes vieux os, je te prie ! J’ai 40 ans dans quelques jours et suis un peu chatouilleuse sur ce point ! Je ne découvre pas que le réalisme nécessite de l’imagination. Je le constate.

– Et sinon, tu voulais dire quoi de plus original ?

– Mon cerveau ne cesse pas d’imaginer quand il n’est plus en train d’écrire. Il fonctionne ainsi en permanence. Il se recrée ses réalités.

– Tout le contraire de la lucidité, quoi… La sagesse méditative prescrit de mettre de côté le flux des pensées. De l’observer. Surtout pas de l’entretenir.

– J’invente souvent des dialogues. Quand j’écoute une interview à la radio, j’imagine une réponse à la question posée, qui n’a rien à voir avec ce que dit l’interviewé. Je rejoue des scènes que j’ai vécues, avec d’autres dialogues.

– En fait, t’en as pas l’air, mais t’es complètement folle ma pauvre vieille !

– Je sais qu’ils sont fictifs. Si j’ai quelque folie, c’est de croire qu’on va me lire jusqu’au bout, en postant des articles aussi longs ! Surtout sans images.

Si un malheureux est arrivé jusqu’ici, il a peut-être envie de connaître la suite de ton raisonnement…

– Quand j’étais lycéenne, je croyais que la littérature pouvait mener à la sagesse. Maintenant j’ai acquis cette certitude : l’écrivain est le contraire du sage.

– Tu veux dire qu’il n’a pas les pieds sur terre ?

– Justement, les auteurs cherchent à expliquer que non, ils ne sont pas des rêveurs, qu’ils ont besoin de gagner leur vie, comme tout un chacun.

– Alors pourquoi l’écrivain serait-il le contraire d’un sage ? Je ne te suis pas.

– Le sage n’est pas créatif d’autre chose que de son propre bonheur. Ce faisant il ne poursuit aucun but. Il est ici et maintenant.

– La base de toute méditation, si j’ai bien tout compris Christophe André.

– J’ai lu récemment quelques coups de griffes contre la méditation dans des romans contemporains, ce que je conçois très bien. Chez Philippe Jaenada, chez Virginie Despentes aussi je crois, il faudrait vérifier. J’emprunte les livres à la bibliothèque et ne les ai pas sous la main.

– Mais alors, l‘écrivain peut-il être heureux, s’il a en lui si peu de sagesse ?

– Vaste débat philosophique que l’articulation de l’imagination et du bonheur. Je ne l’engagerai pas ici. Du moins mon imagination me fournit-elle de grandioses moments de bonheur.

– Tu les aimes, ces moments ?

– Oui, je les chéris.

– Alors fuck la sagesse ! Vive l’imagination !

Top 6 des phrases à prononcer à une personne atteinte d’une maladie chronique

Dans un précédent post, j’ai énuméré le top 6 des phrases qui m’énervent au sujet de la maladie. Voici aujourd’hui le versant positif:

1) Comment vas-tu ? (écouter vraiment la réponse sans donner de conseils)

2) Je te propose mon aide pour… (préciser)

3) Je compatis.

4) Tu peux me parler de ta maladie si tu le souhaites (ou poser directement des questions sur la maladie, si la personne n’a pas envie d’en parler elle vous le fera comprendre, mais ne pas partir du principe qu’elle ne veut pas).

5) Qu’est ce que je pourrais faire pour te soulager ?

6) Tu voudrais que je passe te rendre visite ? Si oui : Quand ce serait le meilleur moment ?

Top 6 des phrases que je ne supporte plus au sujet de ma maladie

Je cède à la mode des tops. Faciles et rapides à lire. Ils ne font pas mal à la tête.

1. Ah oui, ça m’arrive aussi !

2. J’aimerais bien, moi aussi, avoir du temps pour moi !

3. J’ai un ami qui a ça, et il va mieux grâce à… Tu devrais essayer.

4. Tu as bonne mine! (sous-entendu : tu n’as pas l’air malade)

5. T’as ça parce que…

6. Positive : tout est dans la tête. Quand le moral va, tout va.

Épargnez-les moi s’il-vous-plaît !

Injuste justice

Je bénéficie du luxe des malades (le seul): j’ai du temps. Les énormes pavés des deux derniers Philippe Jaenada ne m’ont pas effrayée – seulement fait mal aux bras car je lis allongée pour limiter mes douleurs musculaires.

La petite femelle enquête sur la vie de Pauline Dubuisson, condamnée pour l’assassinat de son ex en 1953.

La serpe tire son nom d’un triple meurtre à la serpe commis près de Périgueux en 1941, dont fut accusé puis acquitté Henri Girard, dont le père, la tante et la bonne venaient d’être massacrés. Henri Girard devait gagner une relative célébrité en écrivant Le salaire de la peur sous le pseudo de Georges Arnaud (mais, comme le fait remarquer Jaenada, l’adaptation cinématographique de Clouzot est bien plus célèbre, quoique peu fidèle au roman).

Dans les deux, Jaenada ne s’oppose pas aux décisions de justice. Pas par principe, mais parce que ses enquêtes le font aboutir aux mêmes conclusions: Pauline Dubuisson était coupable, Henri Girard innocent.

Alors, qu’y a-t-il dans ces pavés de plus de 600 pages chacun?

Une tentative de saisir qui était Pauline, qui était Henri, avec le sentiment qu’ils ont été mal compris.

Et surtout, Jaenada montre à quel point la justice est injuste, même quand elle semble juste. A quel point elle broie les hommes.

Pauline a souhaité finir ses études de médecine après sa sortie de prison. Hélas pour elle, Clouzot (encore lui!) a tourné La vérité, inspiré de son histoire mais très mal nommé : il la représente comme provocante, instable, dépravée (la preuve: elle a couché avec des Allemands sous l’occupation! Pensez donc!) Le film sort pile au moment où elle tentait, tant bien que mal, de reprendre sa vie. Certains l’ont retrouvée. Elle a dû s’exiler au Maroc où son passé l’a une fois de plus rattrapée, laminée. Elle s’est suicidée à 36 ans.

Henri est décrit par beaucoup comme dépensier (il dilapide la fortune familiale en deux ans), débauché (il abandonne sa femme avec deux enfants en bas âge pour partir en Amérique du Sud), sans scrupule (il aurait escroqué sa propre tante). Encore aujourd’hui, les riverains du château où a eu lieu le crime le pensent coupable. Selon Jaenada, c’est sa détention préventive dans un contexte très difficile, l’impossibilité de se défendre et être en deuil de sa seule famille (il était orphelin de mère, ses grands-parents, oncle et tante étaient décédés, il n’avait pas de frères et soeurs) qui l’ont profondément marqué et changé. En clair, il n’était pas ainsi avant d’être accusé à tort. Au contraire, il était proche de son père avec qui il entretenait une correspondance complice et tendre. Sans doute officiait-il dans la résistance (en tous cas il a tenté de passer à Londres plusieurs fois sans succès).

Pauline, Henri, on les aime après avoir lu Jaenada. Et on aime Jaenada, ses digressions à n’en plus finir, son auto-dérision (malgré leurs sujets, les livres de Jaenada sont drôles: plusieurs fois j’ai éclaté de rire), son ironie, ses whiskys. Sa sincérité.

On a l’impression, grâce à lui, de s’être approché de la vérité. La vraie.

Et tant pis si la vérité fait un peu mal aux bras.

J’ai mal à ma douleur

Avant je croyais (naïve!) que toutes les douleurs pouvaient être soulagées par la médecine. On accouche sous péridurale, on meurt sous morphine.

Je n’avais jamais entendu parler de douleurs neuropathiques. Les médicaments font médiocrement effet contre elles. A l’hôpital, les algologues de la consultation de prise en charge de la douleur sont démunis. Ils orientent vers l’hypnose, l’acupuncture, la méditation, la sophrologie, la cryothérapie. Disent qu’il faut apprendre à vivre avec. Ils ont obligation de moyens pour lutter contre la douleur. Pas de résultats.

Rien ne nous prépare à souffrir, dans notre société.

Rien ne fait comprendre celui qui souffre. Surtout si par pudeur, souci de ne pas déranger il se tait. Fait bonne figure. « Ça va? » « Oui. » La douleur chronique est invisible. Elle sépare. Elle isole.

A la question « Pourquoi peignez-vous autant d’auto-portraits? » La peintre mexicaine Frida Kahlo, qui souffrit toute sa vie suite à une poliomyélite contractée dans l’enfance et à un accident dramatique d’autobus survenu quand elle était adolescente, répondait: « Parce que je suis seule ».

frida-kahlo peint au lit.jpg

Frida Kahlo peignant allongée dans son lit

​L’auteur enchaîné

Récemment (il y a presque deux mois tout de même…je n’ai pas vu l’été passer) j’ai participé aux rencontres interprofessionnelles du livre organisées par l’Agence Rhône-Alpes pour le Livre et la Documentation (ARALD). 

Le matin, des séances de pressage de jus de crâne 100% pures méninges étaient programmées. Je n’ai pas participé. Ma santé ne me permet pas de passer une journée complète hors de chez moi. Sans regret au vu des restitutions brillantes et soporifiques.

En revanche j’ai assisté l’après-midi à la table ronde réunissant des professionnels. Un libraire (de La voix  au chapitre à Lyon), un éditeur  (le fondateur des éditions du Cheyne), deux directeurs de manifestation littéraire  (de la fête du livre de Saint-Etienne et de celle de Bron), une bibliothécaire et une auteure (Cécile Coulon).

Dans l’assistance peu d’auteurs et d’emblée le sentiment d’être marginalisée. Pas à ma place. On parle réseaux. Synergies.

Et l’auteur dans tout cela ? Il est dans cette position singulière. Sans lui il n’y aurait pas de livre. Donc pas d’éditeur, de libraire, de bibliothécaire. Pas de fêtes du livre. Pas de « chaîne du livre ».

Pourtant il est passif.

Il soumet ses textes à un éditeur dont la publication dépendra du bon vouloir – de son coup de cœur et/ou de l’opportunité commerciale qu’il pressent.

Une fois son texte publié, il attend. D’être invité sur un salon. A une séance de dédicaces. Une rencontre avec des lecteurs. Une émission de radio. Que son bouquin soit sélectionné à un ou plusieurs prix plus ou moins toc.

Il est au tout début de la chaîne et à la fin. L’alpha et l’oméga.  De quoi se plaint-il ?

Pendant la table ronde j’écoute tous ces gens parler. Cécile Coulon porte tant bien que mal la parole des auteurs. Elle est gentiment moquée quand elle expose la difficulté de certains à être ces « animateurs » de livres que le public attend d’eux. 

Quant à moi je me sens comme une démiurge impuissante. Comme si toute cette agitation se passait sans moi. Comme si on décidait de mon sort dans mon dos.

Que puis-je faire pour améliorer le fonctionnement de la chaîne ? Rien. Écris et tais-toi. Et tâche de susciter le désir (d’être lue, invitée…)

Il y a beaucoup de gens très intelligents qui organisent tout. Des amis qui te veulent du bien.

En attendant, reste près de ton téléphone, au cas où l’on t’appelle. Et sois prête à revêtir ton habit de lumière.

Rien à dire, elle est vraiment en or massif cette chaîne.

Lettre ouverte à Madame le trésor public 

Madame le trésor public,

vous ne vous offusquerez pas que je vous appelle ainsi puisque vous me donnez du Monsieur *** (nom de mon conjoint) à chaque fois que je remplis notre déclaration commune sur votre site Web.

Vous pardonnerez aussi qu’un simple petit télédéclarant 2 ose vous écrire. Un petit télédéclarant exaspéré par le sexisme dont vous faites preuve.

Apprenez, Madame, que Monsieur *** (mon conjoint) ne paye pas ses impôts seul mais que nous en partageons le coût.

Vous n’êtes pas sans savoir que les femmes sont sorties de leur minorité. Elles n’ont plus besoin de l’accord de leur mari pour travailler ou ouvrir un compte en banque. D’ailleurs mon conjoint et moi ne sommes pas mariés.

Je vous remercie à l’avenir de bien vouloir avoir l’obligeance de m’appeler Madame Gallot.

Veuillez agréer, Madame le trésor public, l’expression etc, etc.

Sur impots.gouv.fr c’est Monsieur qui déclare…même quand c’est Madame

La peste blonde

Dernièrement je me suis beaucoup fourvoyée au cinéma. Mauvais choix de films? Pas grand chose de bien en ce moment?

Paterson de Jarmusch est pas mal mais ne m’a pas enthousiasmée. Trop lisse. Sans enjeu. Je sais déjà que je n’en retiendrai rien. J’aimerais moi aussi vivre dans une vie où à chaque fois qu’on s’assoit sur un banc, on rencontre un poète…

Moonlight, à présent oscarisé (Na! La la land!), de Barry Jenkins, n’est pas désagréable non plus. L’histoire d’amour homosexuelle pourrait presque être touchante. Mais je suis restée extérieure. Spectatrice. Sans émotions. Peut-être parce que l’univers où gravitent les personnages (la banlieue défavorisée de Miami) est trop éloigné ?

J’ose à peine parler du documentaire Et les mistrals gagnants d’Anne-Dauphine Julliand qui est, appelons le par son nom, une grosse daube. Les petits malades ont été castés. Ils sont parfaits, avec leurs répliques attendrissantes et leurs jolis mots d’enfants. Le film ne dit presque rien de leur vécu personnel, forcément complexe (étant malade moi-même, je le devine), rien de leur intériorité. La réalisation est celle d’un reportage TV, sans aucune créativité. Et on ne nous épargne pas un message de bonheur horripilant, soutenu par une musique ad hoc. Je déteste aller au cinéma voir un film que j’aurais pu regarder gratis à la télé.

Heureusement, fin février est sorti Chez nous de Lucas Belvaux. On pourrait craindre un discours moralisateur sur l’extrême-droite, de ceux dont la bonne conscience de gauche a le secret. Mais Lucas Belvaux réussit l’exercice casse-gueule du film politique sorti opportunément quelques semaines avant les élections présidentielles.

Chez nous

On y voit l’extrême-droite sous son jour le plus séducteur, qui parle directement au cœur, à en pleurer, et provoque une adhésion tripale, donc des plus indestructibles.

Le film raconte l’histoire du point de vue non des électeurs, mais des candidats et responsables du parti…jusqu’à la leader, une certaine Agnès, que tout le monde appelle par son prénom (toute ressemblance avec une personne existante serait purement fortuite). Agnès est jouée par Catherine Jacob, la seule actrice dont la prestation ne m’a pas convaincue: pas assez charismatique, limite hésitante par moment, j’aurais aimé qu’on perçoive mieux la brutalité contenue du personnage.

Agnès est blonde. L’infirmière recrutée pour se présenter aux municipales dans sa ville du Nord (non, pardon, du Haut) doit se faire teindre en blond, malgré ses réticences – la conseillère en communication sait de quoi elle parle. Le blond fait pur, doux, nordique, il correspond parfaitement au nouveau visage aimable et inoffensif que veut donner le parti tout en flattant les instincts xénophobes (le blond fait aryen…). D’ailleurs, quand l’infirmière renoncera finalement à se présenter, une autre blonde la remplacera.

Résultat de recherche d'images pour "lucas belvaux chez nous"

Le parti a cherché à se défaire des groupuscules néo-nazis ouvertement racistes. Mais il sait en exploiter les forfaits dans les médias (Agnès à la radio, chez Monsieur Cohen, un grand moment).

Ses abords accueillants cachent une violence réelle, qui prend la forme d’une manipulation de ses propres candidats, dont l’infirmière prend conscience progressivement (elle est surveillée, n’est plus maîtresse de sa vie privée, et elle ne connaît pas son propre programme, décidé en amont de sa candidature!)

Ce film est une réussite. Son scénario, ses dialogues, ses acteurs, tout y est finement travaillé. Les mots, les stratégies, tout y est juste.

La montée des populistes semble inéluctable. Ils sont très forts.

Je suis inquiète pour mon pays.

Ecrire vrai

Au cinéma comme dans les livres, j’ai un penchant pour la réalité. Je ne suis pas capable d’expliquer pourquoi. Si le film dure 3 heures et que c’est un documentaire, pas de problème, j’y vais. Si c’est une fiction, j’ai peur. Peur de quoi? M’ennuyer. Ne pas croire aux personnages. A l’histoire. Ne pas entrer dedans. Me demander ce que je suis venir faire là.

Je n’ai jamais accroché à l’héroic-fantasy, à la science-fiction, au fantastique. Ni aux séries pourtant si populaires à la télé.

J’ai un DESS en réalisation de documentaires de création. J’écris des romans réalistes. Mes jeunes lecteurs me demandent si je vais plutôt écrire des histoires de magie. Ma réponse les déçoit. Je n’écrirai jamais Harry Potter. Mes goûts me portent loin de ceux de nombre de mes contemporains. Tant pis pour le best-seller.

Les écrivains actuels qui utilisent la réalité vécue comme matériau ne manquent certes pas. Annie Ernaux. Edouard Louis. Dany Laferrière. Emmanuel Carrère. Etc.

Récemment, j’ai lu Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une fiction avant de découvrir que l’auteure racontait l’histoire de sa mère.

J’ai enchaîné sur l’ouvrage suivant de Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, Renaudot et Goncourt des lycéens 2015. Cette fois, il s’agissait d’une histoire vraie, c’est sûr. Le titre, l’ouvrage précédent de l’auteur que celui-ci prenait comme point de départ, tout l’indiquait. Au fur et à mesure de ma lecture, quelque chose clochait. Je suis peu à peu arrivée à la conclusion que j’avais une fiction entre les mains.

Afficher l'image d'origine

Delphine de Vigan balade son lecteur. Ses romans m’interpellent. Rencontrent mes interrogations. Jouent de ce petit décalage: « D’après une histoire vraie ». Pas « Une histoire vraie ». Peut-être que ce qui me fascine dans le réel, c’est la fiction potentielle qu’il recèle? Cela pourrait expliquer pourquoi la fiction ne m’attire que si elle s’approche suffisamment du réel?

***

PS: J’aurais pu porter aux nues Laetitia d’Ivan Jablonka, sur le meurtre barbare de Lætitia Perrais par Tony Meilhon (il l’a démembrée puis jetée dans différents plans d’eau), qui a été distingué par le prix Medicis 2016. Mais Laetitia est moins littéraire. Moins artistique. Il ne flirte jamais avec la fiction. N’explore pas les limites du réel. Ivan Jablonka se place en historien. Il interroge le fait divers. La justice. L’écrivain. L’individu masculin. La misère sociale. Le politique. Laetitia s’apparente plus à l’essai. Je l’ai lu avec intérêt, mais j’ai été assez étonnée de lui voir décerner le Médicis.

Connaissez-vous la sclérose en plaques?

En ce moment je manque d’énergie pour rédiger un article.

Voici une campagne photo initiée par le réseau Rhône-Alpes SEP qui restitue assez bien mon état actuel. Des malades ont accepté de poser pour cette exposition.

Tout n’est pas la faute à la maladie, bien sûr, mais le handicap invisible, c’est cela aussi. La fatigue. Les douleurs quotidiennes.

Le regard dubitatif de ceux qui sont en bonne santé. Mon propre regard sur moi, qui voudrait plus. Qui voudrait mieux.

Sep sensible.jpg

D’autres photos sont disponibles ici.