Mais c’est quoi, ce blog ?

image

J’aurais pu créer un blog d’auteur où j’aurais parlé de ma vie d’auteure et de mes livres – créations en cours, invitations diverses, prix, etc. De ma vie littéraire.

J’ai eu par le passé un blog où j’évoquais mes lectures, les films que je voyais. Ce blog a été interrompu brutalement suite à de graves problèmes de santé qui m’ont conduite à plusieurs mois d’hospitalisation et par la suite une impossibilité de lire et d’écrire (la situation s’est améliorée depuis…)

Suite à cette cassure, j’ai envie d’un blog plus personnel où je parle de ma vie quotidienne, avec une maladie chronique, des handicaps, et aussi de ma vie de maman.

Ce blog est à mon image: multiple.

Chacun pourra trouver ce qui l’intéresse grâce aux catégories : par exemple, si vous ne voulez voir que les articles de ma vie littéraire, sélectionnez la catégorie  « auteure ».

Il est possible de me contacter via le formulaire : n’hésitez pas !

Publicités

J’ai mal à ma douleur

Avant je croyais (naïve!) que toutes les douleurs pouvaient être soulagées par la médecine. On accouche sous péridurale, on meurt sous morphine.

Je n’avais jamais entendu parler de douleurs neuropathiques. Les médicaments font médiocrement effet contre elles. A l’hôpital, les algologues de la consultation de prise en charge de la douleur sont démunis. Ils orientent vers l’hypnose, l’acupuncture, la méditation, la sophrologie, la cryothérapie. Disent qu’il faut apprendre à vivre avec. Ils ont obligation de moyens pour lutter contre la douleur. Pas de résultats.

Rien ne nous prépare à souffrir, dans notre société.

Rien ne fait comprendre celui qui souffre. Surtout si par pudeur, souci de ne pas déranger il se tait. Fait bonne figure. « Ça va? » « Oui. » La douleur chronique est invisible. Elle sépare. Elle isole.

A la question « Pourquoi peignez-vous autant d’auto-portraits? » La peintre mexicaine Frida Kahlo, qui souffrit toute sa vie suite à une poliomyélite contractée dans l’enfance et à un accident dramatique d’autobus survenu quand elle était adolescente, répondait: « Parce que je suis seule ».

frida-kahlo peint au lit.jpg

Frida Kahlo peignant allongée dans son lit

​L’auteur enchaîné

Récemment (il y a presque deux mois tout de même…je n’ai pas vu l’été passer) j’ai participé aux rencontres interprofessionnelles du livre organisées par l’Agence Rhône-Alpes pour le Livre et la Documentation (ARALD). 

Le matin, des séances de pressage de jus de crâne 100% pures méninges étaient programmées. Je n’ai pas participé. Ma santé ne me permet pas de passer une journée complète hors de chez moi. Sans regret au vu des restitutions brillantes et soporifiques.

En revanche j’ai assisté l’après-midi à la table ronde réunissant des professionnels. Un libraire (de La voix  au chapitre à Lyon), un éditeur  (le fondateur des éditions du Cheyne), deux directeurs de manifestation littéraire  (de la fête du livre de Saint-Etienne et de celle de Bron), une bibliothécaire et une auteure (Cécile Coulon).

Dans l’assistance peu d’auteurs et d’emblée le sentiment d’être marginalisée. Pas à ma place. On parle réseaux. Synergies.

Et l’auteur dans tout cela ? Il est dans cette position singulière. Sans lui il n’y aurait pas de livre. Donc pas d’éditeur, de libraire, de bibliothécaire. Pas de fêtes du livre. Pas de « chaîne du livre ».

Pourtant il est passif.

Il soumet ses textes à un éditeur dont la publication dépendra du bon vouloir – de son coup de cœur et/ou de l’opportunité commerciale qu’il pressent.

Une fois son texte publié, il attend. D’être invité sur un salon. A une séance de dédicaces. Une rencontre avec des lecteurs. Une émission de radio. Que son bouquin soit sélectionné à un ou plusieurs prix plus ou moins toc.

Il est au tout début de la chaîne et à la fin. L’alpha et l’oméga.  De quoi se plaint-il ?

Pendant la table ronde j’écoute tous ces gens parler. Cécile Coulon porte tant bien que mal la parole des auteurs. Elle est gentiment moquée quand elle expose la difficulté de certains à être ces « animateurs » de livres que le public attend d’eux. 

Quant à moi je me sens comme une démiurge impuissante. Comme si toute cette agitation se passait sans moi. Comme si on décidait de mon sort dans mon dos.

Que puis-je faire pour améliorer le fonctionnement de la chaîne ? Rien. Écris et tais-toi. Et tâche de susciter le désir (d’être lue, invitée…)

Il y a beaucoup de gens très intelligents qui organisent tout. Des amis qui te veulent du bien.

En attendant, reste près de ton téléphone, au cas où l’on t’appelle. Et sois prête à revêtir ton habit de lumière.

Rien à dire, elle est vraiment en or massif cette chaîne.

Lettre ouverte à Madame le trésor public 

Madame le trésor public,

vous ne vous offusquerez pas que je vous appelle ainsi puisque vous me donnez du Monsieur *** (nom de mon conjoint) à chaque fois que je remplis notre déclaration commune sur votre site Web.

Vous pardonnerez aussi qu’un simple petit télédéclarant 2 ose vous écrire. Un petit télédéclarant exaspéré par le sexisme dont vous faites preuve.

Apprenez, Madame, que Monsieur *** (mon conjoint) ne paye pas ses impôts seul mais que nous en partageons le coût.

Vous n’êtes pas sans savoir que les femmes sont sorties de leur minorité. Elles n’ont plus besoin de l’accord de leur mari pour travailler ou ouvrir un compte en banque. D’ailleurs mon conjoint et moi ne sommes pas mariés.

Je vous remercie à l’avenir de bien vouloir avoir l’obligeance de m’appeler Madame Gallot.

Veuillez agréer, Madame le trésor public, l’expression etc, etc.

Sur impots.gouv.fr c’est Monsieur qui déclare…même quand c’est Madame

La peste blonde

Dernièrement je me suis beaucoup fourvoyée au cinéma. Mauvais choix de films? Pas grand chose de bien en ce moment?

Paterson de Jarmusch est pas mal mais ne m’a pas enthousiasmée. Trop lisse. Sans enjeu. Je sais déjà que je n’en retiendrai rien. J’aimerais moi aussi vivre dans une vie où à chaque fois qu’on s’assoit sur un banc, on rencontre un poète…

Moonlight, à présent oscarisé (Na! La la land!), de Barry Jenkins, n’est pas désagréable non plus. L’histoire d’amour homosexuelle pourrait presque être touchante. Mais je suis restée extérieure. Spectatrice. Sans émotions. Peut-être parce que l’univers où gravitent les personnages (la banlieue défavorisée de Miami) est trop éloigné ?

J’ose à peine parler du documentaire Et les mistrals gagnants d’Anne-Dauphine Julliand qui est, appelons le par son nom, une grosse daube. Les petits malades ont été castés. Ils sont parfaits, avec leurs répliques attendrissantes et leurs jolis mots d’enfants. Le film ne dit presque rien de leur vécu personnel, forcément complexe (étant malade moi-même, je le devine), rien de leur intériorité. La réalisation est celle d’un reportage TV, sans aucune créativité. Et on ne nous épargne pas un message de bonheur horripilant, soutenu par une musique ad hoc. Je déteste aller au cinéma voir un film que j’aurais pu regarder gratis à la télé.

Heureusement, fin février est sorti Chez nous de Lucas Belvaux. On pourrait craindre un discours moralisateur sur l’extrême-droite, de ceux dont la bonne conscience de gauche a le secret. Mais Lucas Belvaux réussit l’exercice casse-gueule du film politique sorti opportunément quelques semaines avant les élections présidentielles.

Chez nous

On y voit l’extrême-droite sous son jour le plus séducteur, qui parle directement au cœur, à en pleurer, et provoque une adhésion tripale, donc des plus indestructibles.

Le film raconte l’histoire du point de vue non des électeurs, mais des candidats et responsables du parti…jusqu’à la leader, une certaine Agnès, que tout le monde appelle par son prénom (toute ressemblance avec une personne existante serait purement fortuite). Agnès est jouée par Catherine Jacob, la seule actrice dont la prestation ne m’a pas convaincue: pas assez charismatique, limite hésitante par moment, j’aurais aimé qu’on perçoive mieux la brutalité contenue du personnage.

Agnès est blonde. L’infirmière recrutée pour se présenter aux municipales dans sa ville du Nord (non, pardon, du Haut) doit se faire teindre en blond, malgré ses réticences – la conseillère en communication sait de quoi elle parle. Le blond fait pur, doux, nordique, il correspond parfaitement au nouveau visage aimable et inoffensif que veut donner le parti tout en flattant les instincts xénophobes (le blond fait aryen…). D’ailleurs, quand l’infirmière renoncera finalement à se présenter, une autre blonde la remplacera.

Résultat de recherche d'images pour "lucas belvaux chez nous"

Le parti a cherché à se défaire des groupuscules néo-nazis ouvertement racistes. Mais il sait en exploiter les forfaits dans les médias (Agnès à la radio, chez Monsieur Cohen, un grand moment).

Ses abords accueillants cachent une violence réelle, qui prend la forme d’une manipulation de ses propres candidats, dont l’infirmière prend conscience progressivement (elle est surveillée, n’est plus maîtresse de sa vie privée, et elle ne connaît pas son propre programme, décidé en amont de sa candidature!)

Ce film est une réussite. Son scénario, ses dialogues, ses acteurs, tout y est finement travaillé. Les mots, les stratégies, tout y est juste.

La montée des populistes semble inéluctable. Ils sont très forts.

Je suis inquiète pour mon pays.

Ecrire vrai

Au cinéma comme dans les livres, j’ai un penchant pour la réalité. Je ne suis pas capable d’expliquer pourquoi. Si le film dure 3 heures et que c’est un documentaire, pas de problème, j’y vais. Si c’est une fiction, j’ai peur. Peur de quoi? M’ennuyer. Ne pas croire aux personnages. A l’histoire. Ne pas entrer dedans. Me demander ce que je suis venir faire là.

Je n’ai jamais accroché à l’héroic-fantasy, à la science-fiction, au fantastique. Ni aux séries pourtant si populaires à la télé.

J’ai un DESS en réalisation de documentaires de création. J’écris des romans réalistes. Mes jeunes lecteurs me demandent si je vais plutôt écrire des histoires de magie. Ma réponse les déçoit. Je n’écrirai jamais Harry Potter. Mes goûts me portent loin de ceux de nombre de mes contemporains. Tant pis pour le best-seller.

Les écrivains actuels qui utilisent la réalité vécue comme matériau ne manquent certes pas. Annie Ernaux. Edouard Louis. Dany Laferrière. Emmanuel Carrère. Etc.

Récemment, j’ai lu Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une fiction avant de découvrir que l’auteure racontait l’histoire de sa mère.

J’ai enchaîné sur l’ouvrage suivant de Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, Renaudot et Goncourt des lycéens 2015. Cette fois, il s’agissait d’une histoire vraie, c’est sûr. Le titre, l’ouvrage précédent de l’auteur que celui-ci prenait comme point de départ, tout l’indiquait. Au fur et à mesure de ma lecture, quelque chose clochait. Je suis peu à peu arrivée à la conclusion que j’avais une fiction entre les mains.

Afficher l'image d'origine

Delphine de Vigan balade son lecteur. Ses romans m’interpellent. Rencontrent mes interrogations. Jouent de ce petit décalage: « D’après une histoire vraie ». Pas « Une histoire vraie ». Peut-être que ce qui me fascine dans le réel, c’est la fiction potentielle qu’il recèle? Cela pourrait expliquer pourquoi la fiction ne m’attire que si elle s’approche suffisamment du réel?

***

PS: J’aurais pu porter aux nues Laetitia d’Ivan Jablonka, sur le meurtre barbare de Lætitia Perrais par Tony Meilhon (il l’a démembrée puis jetée dans différents plans d’eau), qui a été distingué par le prix Medicis 2016. Mais Laetitia est moins littéraire. Moins artistique. Il ne flirte jamais avec la fiction. N’explore pas les limites du réel. Ivan Jablonka se place en historien. Il interroge le fait divers. La justice. L’écrivain. L’individu masculin. La misère sociale. Le politique. Laetitia s’apparente plus à l’essai. Je l’ai lu avec intérêt, mais j’ai été assez étonnée de lui voir décerner le Médicis.

Connaissez-vous la sclérose en plaques?

En ce moment je manque d’énergie pour rédiger un article.

Voici une campagne photo initiée par le réseau Rhône-Alpes SEP qui restitue assez bien mon état actuel. Des malades ont accepté de poser pour cette exposition.

Tout n’est pas la faute à la maladie, bien sûr, mais le handicap invisible, c’est cela aussi. La fatigue. Les douleurs quotidiennes.

Le regard dubitatif de ceux qui sont en bonne santé. Mon propre regard sur moi, qui voudrait plus. Qui voudrait mieux.

Sep sensible.jpg

D’autres photos sont disponibles ici.

Je n’ai pas visité la maison d’Anne Frank

Pourquoi relire Le journal d’Anne Frank? Comme beaucoup, je l’avais lu au collège, lorsque j’avais l’âge d’ Anne Frank (elle a tenu son journal entre 13 et 15 ans).

Ma curiosité a été éveillée par la récente polémique sur les droits d’auteur, caducs en mars 2015 si on considère Anne Frank comme l’auteur, pas si c’est son père, mort en 1980 (une œuvre tombe dans le domaine public 70 ans après la mort de l’auteur).

En effet, le père d’Anne Frank, revenu de déportation, découvre deux versions du journal de sa fille, l’une originale, l’autre réécrite par Anne Frank elle-même en vue d’une publication car elle avait entendu à la BBC un membre du gouvernement hollandais en exil souligner l’importance après la guerre des témoignages écrits sur la vie quotidienne sous l’occupation.

A partir de ces deux versions, il crée le texte connu sous le nom « Journal d’Anne Frank ». Il supprime tout ce qui a trait à la sexualité, ainsi que les jugements très durs que porte Anne sur les autres occupants de l’annexe (en particulier sa mère), tous morts en déportation. Le respect dû aux morts et la morale priment sur l’intégrité littéraire.

journal anne frank

Aujourd’hui, la version du père et la version intégrale sont éditées. Évidemment, j’ai opté pour l’intégrale. Les passages sur la sexualité sont inattendus. Anne Frank décrit en détail le sexe féminin, lui que, caché, on connait si mal. Elle évoque aussi ses premières menstruations. Grâce à Peter, un des clandestins de l’annexe, plus âgé qu’elle de 2 ans et demie, elle lève le voile sur de nombreuses questions auxquelles personne ne lui avait donné de réponse (elle s’insurge contre ce silence des adultes dès qu’on aborde le sujet).

A Amsterdam, j’étais logée à deux canaux et quelques rues de la « maison d’Anne Frank ». En voyage, j’aime lire ce qui me relie au lieu où je suis de passage (Walter Scott en Ecosse, le journal de 1916 à Lille, etc).

Pourtant je n’ai pas visité la maison d’Anne Frank, qui attire 1 million de visiteurs par an. Cette maison se mérite: il faut faire la queue, piétiner et jouer des coudes dans un intérieur reconstitué exigu (difficile en étant malade). Ce qui a achevé de me convaincre: un snack-bar à l’intérieur du « musée ». Une nécessité pour le visiteur qui reste longtemps et a besoin d’une pause. Une localisation choquante au regard de ce qu’ont connu les clandestins de l’annexe (je passais mon temps à me dire: si Anne Frank avait su!)

Je m’approchais plus de la réalité en lisant que je ne l’aurais fait en visitant cet AnneFrankland. Dans ce cas, pourquoi voyager? Je ne lis pas de la même manière ici ou en vadrouille. L’atmosphère d’un lieu modifie ma « mood », comme disent les anglo-saxons (mon humeur), donc ma lecture. Je deviens plus perméable à l’Histoire. Le passé se superpose au présent. Le supplante parfois.

journal anne frank 2

J’ai été touchée par l’évolution de cette jeune fille. Sa culture. Sa lucidité. Ses projections d’avenir. Son ambition – surtout ne pas devenir femme au foyer, elle veut être écrivain et journaliste.

J’ai ressenti la brutalité tragique de sa fin – d’autant plus tragique que les clandestins ont été arrêtés alors qu’ils croyaient la délivrance proche, ils ont su par la BBC que le débarquement avait eu lieu en juin 44, ils en suivaient la progression ; leur arrestation est survenue en août 44, ils ont fait partie du dernier convoi pour Auschwitz. Anne Frank connaissait l’existence des chambres à gaz qu’elle mentionne dans son journal. Elle est morte du typhus et d’épuisement à Bergen Belsen, environ 7 mois après la découverte sur dénonciation de sa planque amstellodamoise.

Les visiteurs de l’annexe ressentent aussi ce tragique, j’imagine. Ils viennent sans doute arpenter la maison d’Anne Frank à cause de ce tragique.

C’est le vertigineux paradoxe:

Si Anne Frank avait survécu, son journal aurait été remisé dans une armoire, une malle, un grenier. Pire, il aurait pu finir à l’incinérateur. Peut-être publié un jour, il serait resté confidentiel, intéressant peu de monde. Tout au plus quelques historiens.

Il n’y aurait pas de journal d’Anne Frank sans la mort d’Anne Frank. L’annexe (un immeuble de bureaux) aurait été détruite et de ses années de clandestinité, il ne serait rien demeuré. Même le marronnier qu’elle aperçoit par la fenêtre a fini par être déraciné

La disparition d’Anne Frank est d’autant plus insupportable que son journal lui donne vie. Toujours. Elle est restée cette jeune fille cloîtrée par obligation. Grave et gaie. Spontanée et sensible.

La littérature atteint ce prix démesuré. Elle se nourrit de la mort. Quand je lis le journal d’Anne Frank, je me dis que la littérature est charognarde. Au moins autant que le tourisme de masse.

Eau chaude gratuite à volonté

En boîte de nuit, dans les années 90, de l’eau chaude coulait aux robinets des toilettes, pour pousser à la consommation au bar. Peut-être est-ce toujours le cas mais je ne fréquente plus ces lieux.

Le terminal 3 de l’aéroport de Lyon a eu la même idée brillante. Au contrôle de sécurité, le voyageur est prié de vider sa bouteille d’eau. A sec, il marche une bonne dizaine de minutes à pied. Arrivé à l’embarquement, il tente de remplir sa bouteille plastique au robinet, devant les toilettes. Stupeur! L’eau est chaude. La température ne peut se régler.

Heureux hasard! Une boutique vend des bouteilles d’eau. Le voyageur va pouvoir étancher sa soif! Il voit alors le prix d’une bête bouteille de 0,5 litres: 2,80€! grrr… comme dirait facebook. Là, le voyageur retourne aux toilettes illico vérifier dans le miroir s’il s’est effectivement métamorphosé en pigeon à son insu.

Considérons:

que ledit voyageur se trouve au terminal 3, celui des vols low cost, et qu’il sait qu’on ne lui servira pas à boire dans l’avion,

qu’il s’est déjà acquitté de taxes d’aéroport substantielles,

qu’il a beaucoup marché pour arriver à l’embarquement – quand on n’a pas de blé on a des jambes! – et si on est blessé, malade, handicapé, âgé on n’a qu’à rester chez soi,

que l’aéroport de Lyon demande à tout bout de champ au voyageur de l’évaluer avec des boutons smileys plus ou moins souriants (est-ce que l’enregistrement vous a satisfait? les toilettes étaient-elles propres?) et placarde triomphalement ses bons résultats,

qu’à l’aéroport d’Amsterdam, où je me rendais, l’eau fraîche est proposée à volonté via des fontaines à eau (même pas besoin d’aller aux toilettes),

que l’ambiance du terminal 3 de Lyon est très éloignée de celle d’une boîte de nuit.

Et concluons, sans vouloir crier au scandale (gardons notre indignation en réserve pour les grandes causes) que l’accueil à la française a encore des progrès à faire.

PS: les Chinois, si vous rachetez l’aéroport, vous remédierez au problème, n’est-ce pas? Vous, le business à tout prix, ce n’est pas votre credo! 😉

PPS: j’entends à la radio que finalement c’est Vinci qui a obtenu la concession. Un grand groupe dont la philanthropie n’est plus à démontrer. Me voilà rassurée. Le confort du voyageur low cost va s’améliorer, à n’en pas douter!

 

Éduquer sans violence

« Mais non, tu ne t’es pas fait mal! » Quel parent n’a jamais prononcé cette phrase à son enfant qui vient de tomber et pleure (ou même hurle)? Pour qu’il se relève vite, apprenne à ne pas se plaindre, ne devienne pas chochotte, ne fasse pas de caprice disproportionné, que sais-je encore.

Chaque jour, nous nions les sentiments de nos enfants, en croyant bien faire. Nous les punissons. Nous les mettons au coin. Nous les contraignons par mille et un moyens, créant parfois des situations de crise qui nous échappent.

Deux psychologues américaines, Adele Faber and Elaine Mazlish, se sont intéressées à partir des années 70 à la communication parents-enfants. Elles en ont fait un livre proposant des situations concrètes, « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent »,  traduit en français dans une édition québécoise.

https://myriamgallot.files.wordpress.com/2016/07/7e1d2-paeneccouvfinalec1.jpg?w=155&h=240

L’ouvrage n’échappe pas au défaut souvent agaçant des livres de développement personnel à l’anglo-saxonne: les micro-scénarisations victorieuses y abondent. La traduction québécoise n’est pas exempte d’anglicismes (« isolation » pour « isolement », par exemple), ni de fautes d’orthographe (que fait l’éditeur?)

Pourtant, sa lecture m’a passionnée. La méthode paraît possible à mettre en œuvre. La clé est de savoir prêter attention à l’enfant, le considérer comme une personne à part entière, respecter ce qu’il ressent, ce qu’il est. Être parent s’apprend. Des habiletés (« skills » en anglais) peuvent s’acquérir. Sinon on ne fait que répéter ce que l’on a vécu enfant ou observé autour de soi.

Il ne s’agit pas de laxisme. Ne pas punir ne veut pas dire ne pas réagir, mais réagir de manière constructive. Faire confiance à son enfant. Il y a un côté rousseauiste dans cette histoire, l’homme est naturellement bon – ça tombe bien, j’aime Jean-Jacques Rousseau.

Certains accusent la communication non-violente d’être une technique de manipulation. Par exemple, si je donne le choix à l’enfant de prendre son bain avant le repas ou après, je l’oblige à prendre son bain en enrobant mon pouvoir dans un faux choix (ça me rappelle le référendum sur le traité européen! de toute façon, quoi qu’on décide, il serait ratifié). Sauf qu’il ne s’agit pas d’abdiquer toute autorité, ni de renoncer à éduquer, ce qui induit d’inculquer des comportements, de transmettre des valeurs.

Je ne rêve pas, je n’arriverai pas à mettre tout en œuvre avec ma fille (elle a 16 mois). Je ferai des erreurs. J’agirai de façon inadéquate. Si je devais à chaque fois réfléchir à ce que je dis, je perdrais tout naturel, ce que je ne souhaite pas.

Mais en matière d’éducation, il me paraît bon d’avoir une ligne directrice en tête. Et de la partager avec son conjoint, autant que faire se peut.

Susie Morgenstern a dit

jacques a dit« En fait, ma thèse a effectivement rendu service à la France, car elle fut étudiée à la faculté d’Aix par une équipe de linguistes qui cherchaient à déceler quelles fautes de français commettaient ces andouilles d’anglophones. »

Jacques a dit – récit autobiographique, Susie Morgenstern